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Lecture analytique n°4 de Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand Commentaire composé de la tirade des « non, merci ! » (Acte II, scène 8, page 77) [16/20]

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Lecture analytique n°4 de Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand Commentaire composé de la tirade des « non, merci ! » (Acte II, scène 8, page 77) [16/20]

Message  Admin le Dim 1 Juin 2008 - 18:22

Situation du passage :

Après son entrevu avec Roxane dans la rôtisserie de Ragueneau, Cyrano reçoit d’une façon peut hospitalière les Cadets de Gascogne et toute une foule d'admirateurs ayant entendu parler du combat de la Porte de Nesle. C’est alors qu’apparaît De Guiche venu proposer que Cyrano devienne son poète ou celui de son oncle Richelieu. De Guiche, annonçant que c'est lui qui avait posté les 100 spadassins pour tuer Lignière, devient un ennemi. Voyant la tension monter, les admirateurs se retirent. Il ne reste alors plus, dans la rôtisserie, que les Cadets, Cyrano et Le Bret.

Commentaire composé :

Dans la vie actuelle, de nombreuses personnes sont contre le mode de vie proposé par la société de tel ou tel pays. Ces personnes, souvent qualifiées de marginaux, trouvent leurs bonheurs dans leurs propres façons de vivre qu’ils bâtissent au fil de leurs existences.
Ce constat est justement celui qu’exprime Cyrano de Bergerac au cours de la fameuse tirade des « non, merci !». Cyrano de Bergerac est le héros de la pièce de théâtre Cyrano de Bergerac, écrite par Edmond Rostand (1868-1918, est un poète et auteur dramatique qui a ressuscité le drame héroïque en vers) en 1897.
Afin de structurer et d’expliquer au mieux le point de vu de Cyrano, nous examinerons dans un premier temps, le mode de vie que le personnage désapprouve (mais qui était pourtant le mode de vie d’une grande partie des poètes de l’époque), et au contraire, dans un deuxième axe, nous verrons le mode vie que le personnage approuve.

Dans cette première partie, on remarque que Cyrano fait la satire d’un mode de vie qui ne lui ressemble pas et qui par conséquent ne lui plaît pas. Pour marquer cette satire, Cyrano utilise des procédés rhétoriques très ironiques et très péjoratifs (surtout des métaphores, comparaisons). Par exemple, dès le début de sa tirade et grâce à une métaphore sur le thème de la végétation (V.3-5), Cyrano définit les poètes comme des complimenteurs vis-à-vis de leurs « patrons » V.2. Cyrano les compare, en outre, à des personnes qui cherchent la facilité pour se faire une place dans la haute société plutôt que d’affronter leurs propres problèmes (comme le ferait une personne honnête).
Cyrano utilise ainsi divers arguments décrivant sa vision satirique d’un mode de vie qui lui déplaît. Ces arguments sont insérés dans la tirade sous forme de phrases interrogatives. Ces phrases, qui sont des énumérations renforcées par le mode infinitif et qui servent à montrer les caractéristiques de la vie des poètes, représentent les questions que pourrait poser, à Cyrano, une personne quelconque à propos de son choix de ne pas devenir le poète d’une personne hautement placé. A tout cela, Cyrano répond d’une façon catégorique mais toutefois polie au travers d’un « Non, merci ! ».
Ce que Cyrano reproche le plus au mode de vie des poètes est principalement le manque de liberté. Ce manque peut s’expliquer de trois façons différentes.
• Il y a tout d’abord la hiérarchie (personne supérieure à une autre dans la société : un patron est au dessus d’un employé), que l’on remarque au travers d’un champ lexical : « protecteur » V.2, « patron » V.2, « tuteur » V.4, « financier » V.7, « ministre » V.8.
• Ensuite il y a le fait que le poète doit se soumettre, flatter les personnes plus puissantes que lui. Pour expliquer cela on remarque le champ lexical de la flatterie : « se changer en bouffon » V.7, « Exécuter des tours de souplesse dorsale » V.13, « son encensoir, toujours, dans quelque barbe » V.17.
• Enfin il y a la peur de ne pas être reconnu, et qui oblige les poètes à toujours travailler. Cela est justifié grâce au champ lexical de la peur : « terrorisé » V.29, « avoir peur » V.32, « être blême » V.32.
De plus, Cyrano désapprouve totalement d’être l’esclave d’une société qui va lui imposer, par la censure, par exemple, un style d’écriture qui l’entraînera au final vers la peur et donc vers une fin de sa liberté.
Le passage ou Cyrano fait la satire du mode de vie des poètes peut-être apparenté à une description. En effet, la satire faite par Cyrano laisse transparaître une description de la vie des poètes. Cette impression est confirmée par la typologie du texte qui est plutôt tournée vers la narration/description.
De plus, la place de l’infinitif dans ce texte est importante. En effet, en plus de marquer l’énumération des objections dont Cyrano pourrait être soumis (cf. première partie du développement), ce mode énumère, par la même occasion, toutes les actions effectuées par un poète au cour de sa vie.
Ensuite, l’utilisation de la troisième personne du singulier montre bien que Cyrano n’est pas impliqué dans la description des actions du poète ; Cyrano reste simple spectateur de sa description.
Enfin, les champs lexicaux employés précédemment pour marquer les reproches de Cyrano vis-à-vis de la société qui impose un idéal, servent aussi pour la description. En effet, à travers ces derniers, on remarque que la vie d’un poète ne se limite qu’à la flatterie envers sa hiérarchie ainsi qu’à la peur de ne pas être reconnu, de ne pas satisfaire son patron.

C’est au travers de la triple prononciation du « Non, merci ! » V.35 (implication d’une rupture dans le ton et dans la forme) ainsi que de la conjonction de coordination « Mais » V.35 (marque d’une opposition), que l’on passe d’une description satirique péjorative à une expression de ce qui est pour Cyrano un mode de vie subtil.

Dans cette deuxième partie, on retrouve des procédés qui sont communs à la première partie mais qui présentent des sens différents (sens antinomiques).
• Il y a tout d’abord une énumération qui décrit le mode de vie de Cyrano et qui s’oppose à celle qui décrivait le mode de vis des poètes.
• Enfin, on retrouve aussi une métaphore à la fin du passage (V.49-51) qui présente le même thème que celle qui figure au début du passage : la végétation. On peut donc dire qu’il y a une symétrie dans la tirade puisque l’on commence et l’on termine la tirade avec deux métaphores qui ont un thème commun. Toutefois ces métaphores diffèrent du fait qu’au début du passage l’une soit péjorative tandis qu’à la fin l’autre soit méliorative.
Puis, dans cette deuxième partie on trouve des éléments qui sont complètement opposés avec la première (éléments antinomiques).

• Il y a tout d’abord les exclamations qui s’opposent avec les interrogations de la première partie. Les exclamation sont présentes afin de montrer une attitude joviale de Cyrano qui, après avoir traité de ce qu’il n’aime pas (le mode de vis des poètes : cf. première partie), s’exprime sur ce qu’il préfère (son mode de vie).
• Enfin, la deuxième lourde opposition entre les deux parties est la liberté. En effet, tandis que la description sur le mode de vie des poètes revoyait une image terne, de claustration, celle que fait Cyrano sur son propre mode de vie renvoi quelque chose de délivrant (une évasion). Cela est justifié par le champ lexical de la liberté : « libre » V.36, « quand il vous plaît » V.38, « Pour un oui, pour un non » V.39, « sans soucis » V.40, « Ne pas être obligé » V.47.
Dans un second temps, on remarque que le mode de vie que valorise Cyrano contient des éléments qui reflètent bien les caractéristiques physiques et morales du personnage. En effet, Cyrano conçoit son mode de vie au travers de caractéristiques telles que la solitude, le bonheur, la franchise, le lyrisme, la poésie, la bataille et la modestie. De plus Cyrano se moque de l’argent : « Travailler sans souci de gloire ou de fortune » V.40. Cela caractérise bien le personnage du fait que ce dernier soit de nature solitaire mais heureuse (son amour pour Roxane le rend heureux), qu’il soit très franc (Cyrano de mâche pas ses mots et dit tout haut ce qu’il pense, parfois au péril de sa vie), qu’il soit un rimeur doué et reconnu, qu’il soit un redoutable bretteur, qu’il agisse avec modestie, simplicité (absence de prétention) et qu’il se moque de l’argent (lors de la représentation de La Clorise, lorsque Cyrano interrompt la pièce afin d’empêcher Montfleury de jouer, il lance sur la scène un sac de pièce, son propre argent, afin de dédommager les spectateurs).

En conclusion, l’essentiel du texte se situe dans l’antithèse qui oppose les deux parties. En effet d’une part, il y a le refus d’un mode de vie, celui des poètes, avec une satire, des rejets et une description et d’autre part, il y a un mode de vie plaisant, celui de Cyrano, avec toutes les oppositions de la première, de la seconde partie et avec un calque sur la personnalité du personnage.
Cette tirade a pour but de montrer des nouvelles facettes de la personnalité de Cyrano qui sont sa marginalité (son refus d’appartenir et d’obéir à quelqu’un) et sa simplicité de vie (sa liberté).

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