D’aubigné, Les tragiques [corrigé]

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D’aubigné, Les tragiques [corrigé]

Message  Admin le Dim 1 Juin 2008 - 18:31

1. Pour commencer

Le livre V des Tragiques, consacré aux massacres des protestants commis depuis le début des troubles, met en scène Dieu qui retire « les yeux de la terre ennemie » et laisse Satan, « l’esprit immonde », présenter aux élus ces massacres, en des tableaux dont le poète obtient à son tour la vision qu’il nous transmet.

2. « Guerre sans ennemi »

La formule dénonce la lâcheté de ces massacres perpétrés sur des victimes innocentes, surprises dans leur sommeil ou leur confiance, et qui n’ont pour se défendre que leur peau ou leur chemise. C’est un oxymore qui exprime la sacrilège infamie d’un piège tendu, contre toutes les lois du droit universel, à des civils, réunis pour célébrer des noces, où ils trouvent la mort.

3. Variété rythmique des vers 1-14

- phrase nominale, expansion de l’oxymore initial.
- v. 3-6 : rythme binaire, opposant autour de la césure à l’hémistiche l’assassin et sa victime, et mimant un duel, un corps à corps, avec alternance du point de vue (l’un et l’autre ne représente pas le même parti d’un vers à l’autre).
- v.7-8 : même rythme mais pour exprimer au contraire une généralisation, qui aboutit à une confusion totale des valeurs.
- V 9-10 : aucun rythme particulier ici ; la phrase illustre et développe le dernier le dernier hémistiche du vers précédent.
- V.11-14 : accumulation en trois vers de dix substantifs désignant tous des lieux, pour exprimer l’étendue du massacre, son caractère extrême.

4. Des lits ou des tombeaux ?

Le thème de cette seconde partie de l’extrait est le sacrilège, dont le champ lexical sature les vers 15-16. Mais la première profanation, celle qui a permis tactiquement toutes les autres et les a moralement autorisées, est la transformation des noces royales entre Henri de Navarre et Marguerite de Valois en un leurre fatal. Les lits des princesses qui se transforment monstrueusement en pièges et en tombeaux sont la métonymie de ce blasphème.

5. Accumulation des figures

Personnification mythologique de la mort au vers 21, comparaison au vers 22, métaphores au vers 23, allégorie au vers 24 : les quatre derniers vers accumulent les figures rhétoriques comme pour tenter la gageure d’exprimer l’innomable en multipliant les approches stylistiques.

6. Perspectives

D’aubigné et Aragon
Les deux poètes rendent hommage aux victimes de la barbarie, mais à l’évocation des massacre d’un réalisme halluciné chez d’Aubigné, Aragon préfère un registre plus métaphorique (emprunté à la nature, au travail des champs) et symbolique (références christiques) ; tout juste trouve t-on quelques allusions concrètes aux noyés qui traversent Paris ou au sang versé. La manière du premier impressionne davantage mais peut lasser à la longue par saturation de l’horreur, et donc perdre son efficacité ; celle du second séduit et entraîne, mais en poétisant l’Histoire, elle risque aussi de la déréaliser.

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